L’homme qui valait trois milliards

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 Raphaëlle, elle est du genre énervée. Mais énervée façon Chienne de garde ou Femen qui n’enlèverait pas le haut. Elle est vénère quoi. Quand elle n’est pas d’accord, pas contente ou quand elle fait la gueule, le monde entier est au courant.
– NB : penser à lui faire lire ce texte avant de le publier-

Mais voilà, sa grande gueule légendaire a ses limites. Surtout avec les mecs. Faire le premier pas ou aguicher un type, ça relève du paranormal chez elle. Et même si ce type c’est James Franco.
Alors quand elle a accepté le verre d’un inconnu, j’ai pratiquement eu une attaque.
–Vous vous en rendrez certainement compte, je suis une fille très mesurée-
Ok, c’était les vacances. Oui, elle était sur une plage en maillot. Mais imaginez deux minutes la Reine des neiges en train de jouer la miss France avec un type qu’elle ne connaît pas. Comme dirait la grande poétesse Zao, c’est chelou.
Vas y que je me pavane, que je te donne du sourire ultra bright et que je minaude en me tortillant. Le pire, c’est que ça fonctionne à tous les coups.
–Désolé maman, t’auras brûlé ton soutif pour rien-

Trois jours sur ce rythme de croisière, des bisous en plus, et elle laisse le type rentrer à Paris, penaud comme un tolard après deux ans de mitard, son numéro en poche en plus. Jusque-là, il avait marqué quelques bons points : agréable, drôle, prévenant, on en attend pas autant d’un flirt de vacances.
Enfin, il y a bien un truc sur lequel on doit s’attarder: la galoche des années 90. Ben ouais, le mec pécho comme Julio Iglesias. Depuis quand ta langue est autorisée à me ravaler la mâchoire ? Tu penses que la tourner dans le sens des aiguilles d’une montre, ça va me faire jouir? Qui t’a dit que j’aimais me faire décrocher le palais?

Une bonne galoche, c’est ça:

Loin des yeux, près du cœur, langue de feu, fraîchement rentrée, continue de lui envoyer des messages. L’amourette de vacances prend des allures prometteuses. Jusqu’à la faute grave. Jusqu’au « lol » en fait, qui ponctue chacune de ses phrases. « Lol », cet acronyme pour adolescents pré pubères qui suintent le biactol et le shampoing anti-poux. Passé 15 ans, prononcer ou écrire « lol », c’est hors jeu direct. C’est clair ?

Retour à Paris. Raphaëlle, décidée à enclencher la seconde, occulte par la même occasion deux erreurs successives. Ils se retrouvent chez des amis, ils rient, s’embrassent, se dévorent des yeux. Il lui propose rapidement de rentrer, elle ne se fait pas prier.
Quand elle monte dans sa Ferrari rouge pour rejoindre les quartiers ouest, elle commence déjà à se sentir mal. Une Ferrari rouge, la voiture la plus plouc de l’histoire des mythos. En arrivant chez lui, au bout du monde et au delà, à l’endroit où avoir faim et soif, où être malade, hagard, mourant n’est pas envisageable parce qu’il n’y a absolument rien à dix kilomètres à la ronde, à cet endroit même, le spectacle est sans appel : liasses de billets jetés sur la table basse, monochrome blanc sur fond blanc au mur (putain, le mec a peint l’Alaska !), bouteilles de Ruinart éventrées.
Le type s’est fait un remake de Scarface sauf que son Elvira préfère la plage de Biarritz à celle de South Beach.

En son for intérieur, elle se dit de prendre ses jambes à son cou et de se tirer de l’appart du fils spirituel de Puff Daddy. Mais ses hormones prennent le dessus. Cinq minutes de lapinage sur un canapé, voilà à quoi sa libido a le droit. Zéro préliminaire. Zéro caresse. Zéro bisous. Rocco va direct au but. Là encore, elle a envie de se barrer. Elle envisage même de lui laisser quelques billets sur sa table de nuit pour le remercier de sa nuit d’amour. Et puis, elle s’endort.

Avant même d’ouvrir l’œil, elle prie pour qu’il soit encore endormi, qu’elle puisse s’en aller ni vu ni connu, sur la pointe des pieds et faire comme si cette nuit n’avait jamais existée. Mais non, elle a le droit au combo torse poil/ café dans une main/ l’autre dans le calbute. Un vendeur de rêve matinal. Il ne lui propose rien. Il lui parle à peine. Pour un peu, elle serait capable de lui parler du temps qu’il fait dehors, histoire de combler ce moment de gêne interminable.

Et puis son taxi arrive enfin. Salut. Merci pour cette nuit (de merde, enfoiré). On s’appelle (j’ai déjà effacé ton numéro, connard). Dans la rue, elle se sent soulagée, elle ne le verra plus jamais.

-« Raphaëeeeelle ! »
Elle lève la tête, il est à la fenêtre.
-« T’as oublié quelque chose ! »
Il agite son soutien gorge.
Elle a envie de rentrer sous terre. Littéralement, de ne faire qu’un avec la bitume crasseux.
Et il jette l’objet de la honte par la fenêtre du troisième étage.

C’est peut-être pour ça que nos mères ont brûlé le leur.

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