Joe la blague

HaHaha

Après avoir balancé sur mes copines, il fallait bien que je me mouille un peu. Alors voilà, fille aux cheveux longs, approchant à grand pas de la trentaine, pas maquée, aimant écrire (au cas où ça vous aurait échappé) et surtout, très bien entourée.

Présentation terminée, on peut en venir au fait: ce type que j’ai rencontré sur Facebook, l’année dernière (oui, je suis une fille 2.0). Il vient me parler parce qu’il pense m’avoir déjà croisée quelque part, le blabla habituel du type qui te dit : « mais t’étais pas chez Jeannette la semaine dernière »? Connard, t’as pu croiser tout ce que Paris compte de filles chez Jeannette, mais ma bonne éducation aidant, je lui ai juste répondu « non ».

 Et puis vient le moment du « je te prends en ami, on va voir combien de friends on a en commun ». Verdict : 36. Ca fait pas mal. Ok, je l’ai peut-être croisé chez Jeannette. Ce qui est marrant, c’est que dans les 36 (ou les 10, 98, 4 etc…), il y a toujours un mec avec qui il n’y a aucun lien. Vous avez beau le chercher, ce putain de fil conducteur qui relierait Benoit Marland, votre voisin de table en chimie au lycée Paul Verlaine, à ce type qui est en train de vous parler et vous, mais non, là, vous séchez.

 Les autres « friends » en commun sont, heureusement, bien plus récents, et dans le lot, il y a même des potes. Une bonne raison pour apprendre à le connaître, ce garçon. Une semaine plus tard, il m’invite à boire un verre. Et le verre se termine en dîner. Sur le papier, il est plutôt pas mal : 38 ans, pas d’enfants (Dieu est grand), photographe, agréable à regarder, célibataire (ça reste encore à prouver), excitant (ça tombe bien je suis à 87 jours d’abstinence, je vais buter quelqu’un).

On se revoit le week-end suivant. Apéro, dîner, dernier verre, galoche. Pour un deuxième rendez-vous, c’est bien. Il veut que je monte chez lui, je le dépose en taxi en bas. Pour un deuxième rendez-vous, c’est mieux.

 Au quatrième rendez-vous, ma libido est sur les starting bloc. J’ai bu 400 shots de vodka à l’anniversaire d’une copine, j’ai envie de me taper toute la France. A défaut de la nation entière, je vais chez lui. Et il sait me recevoir.

Seulement, à 7 heures du mat’, je l’entends gigoter dans tout les sens. J’ouvre un œil : il porte un cycliste moulant vert fluo et un k-way, chaud comme un cul de jatte à qui on a redonné des jambes. « J’ai marathon ce matin, Versailles-les Invalides, ça te dit de venir? » Hein! Quoi ?! Mais t’es sérieux, j’ai encore de la vodka en intraveineuse, j’ai fumé tellement de clopes que je pourrais avoir mes poumons en photo sur les paquets et dans ma tête là, y a la Compagnie Créole en train de zouker. C’est ça que j’avais envie de lui répondre mais, une fois de plus, j’ai fermé ma gueule et j’ai dit « non ». Premier matin charmant. Je me lève quand il part. Sur la table, un reste de jaune d’œuf cru et un jus de betterave frais. Je vais gerber direct.

CADEAU:

                                           

Deux jours après, il m’invite à un vernissage. A 23 heures, il me dit qu’on ferait bien de rentrer, il se fait tard (ah bon ?!). Sur le chemin du retour, il me raconte qu’un type l’a contacté pour un job hyper important. Il s’est préparé comme un malade. L’entretien se passe bien mais en partant, le type essaie de l’embrasser. Je n’ai pas vu la chute venir, je me tords de rire.

– « Ben, vas y donne ton cul, passe sous le bureau direct ! »

– « Heu… désolé mais je n’envisage pas les choses de cette façon. Je ne me servirai jamais de ma sexualité à des fins professionnelles. »

– « Non, mais c’était une vanne… »

Pas de réponse.

Le lendemain matin, quand je le vois manger un bol de fromage blanc, j’ai envie de rendre.

– « T’en veux pas un peu, c’est bien le matin, c’est plein de protéines, ça tient au corps pour la journée ! »

– « T’es nutritionniste chez Weight Watchers ? »

– « Heu non, mais je te signale que le petit-déjeuner est un repas très important, il ne faut surtout pas le sauter! »

– « Ok, ben je vais prendre un café bien noir et une clope. »

– « A ce propos, je voulais te dire, tu fumes beaucoup trop, c’est très mauvais. Tu vas choper le cancer ! »

– « Ah bon ? C’est pas le Sida ? »

– « Mais non enfin, c’est le cancer ! »

– « C’était une vanne. »

 Les jours suivants, il me donne l’impression d’être une dépravée. Genre la fille de Courtney Love en pire. Il mange bio, compte ses calories, ne boit que du vin rouge parce que c’est bon pour la santé, n’a jamais touché une cigarette et je ne vous parle même pas d’un joint. Il se couche à minuit maximum et s’autorise un carré de chocolat le mardi. Ben ouais, le mardi c’est permis.

 Et puis un soir, je reçois ce message: « Désolé mais je préfère qu’on en reste là, je ne me sens pas de m’investir dans une relation en ce moment ». Gros bâtard, c’est moi qui sors ça d’habitude, « je pense trop à mon ex », « j’ai pas envie de m’engager « , c’est des prétextes faits pour les lavettes comme moi qui n’osent pas baser un mec.

 Des mois plus tard, au hasard d’une soirée, je le croise et décide fièrement de l’ignorer (parce que se faire baser par Monsieur je n’ai aucun second degrés, ça reste en travers de la gorge quand même). Il me mate toute la soirée et finit même par s’approcher:

– « J’aimerais beaucoup te revoir… « 

– « Ah désolé, je peux pas, j’ai un 400 mètres haies déjà! ».

C’est peut-être lui que j’aurais du pécho finalement:

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