Two feet under

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Syllogisme : toute Parisienne qui se respecte a un copain gay. Je suis Parisienne, je me respecte donc j’ai un meilleur pote gay (ça marche aussi avec Socrate : Tous les hommes sont mortels, or Socrate est un homme donc Socrate est mortel, mais c’est vachement moins d’actualité).

Andrea fait partie de ces mecs beaux comme des Dieux, qui vous foutent la haine parce qu’ils se tapent toujours mieux que vous. Il a parfaitement conscience de son pouvoir sexuel et de ce qu’il dégage. D’ailleurs, chez les gays, la fausse modestie n’existe pas. Le « je ne sais si je suis vraiment jolie » (après deux heures de brushing, un ravalement de façade complet, moulée dans une robe au raz de la joie de vivre), ça les dépasse totalement.

– Dans ma prochaine vie, je prie pour être lesbienne –

 Un soir, Andrea s’apprête pour sa première soirée gay. Parce que d’habitude, la cage aux folles, très peu pour lui. Il préfère les endroits branchés, avec pleins d’hétéros qu’il pourra détourner. – Et croyez-moi, du mec marié qu’il a réussi à mettre dans son lit, y en a à la pelle –

Le voilà donc arrivé au cœur de la gay night, où les messieurs sont sévèrement abdominés, les marcels ridiculement échancrés et on se trémousse sur un remix dance 90’s de Donna Summer.

– Perso, ça ressemble à ma soirée de l’année –

Ça y est vous êtes dans l’ambiance?

Adossé au bar, Andrea déclenche la phase eye contact. Cette phase où, en un coup d’œil, vous repérez ce qu’il y a de mieux sur le marché, et le mettez dans votre panier. En deux minutes, il a déjà des cibles. Il s’apprête à aller au front quand un mec vient lui parler. « Salut, tu t’appelles comment »? Sérieusement, c’est ça ta phrase d’entrée? C’est avec ça que tu comptes le mettre dans ton pieu ce soir? Un gay qui drague comme un lamentable hétéro ne devrait pas avoir le privilège d’être homo.

Mais voilà, il continue de passer mollement de lieux communs en lieux désespérément communs. « C’est la première fois que tu viens ici ? », « Pas mal la musique, non ? », « Et sinon, tu as quel âge ? ». Comme Andrea est seul, le mec doit penser qu’il est ouvert à tout. Que toute présence vaut mieux que sa solitude. De grâce, Descartes, arrête tout de suite de philosopher et barre-toi.

 A ce moment-là, alors qu’il s’imagine déjà devoir acquiescer à « la guerre c’est mal » et « j’aime beaucoup les voyages », un animateur télé arrive au bar. C’est son fantasme absolu depuis des années. L’occasion est trop belle, il lui glisse à l’oreille « aide-moi » en faisant mine de dépérir, ce qui n’est pas totalement faux. Flatté d’être le sauveur d’un aussi beau jeune-homme, l’animateur accapare la parole et dégage boring man en moins de temps qu’il faut pour ne le dire.

Andrea est aux anges. L’animateur, aussi sexy à l’écran qu’à la ville, est par ailleurs très drôle et pas insensible à son charme. Il est aussi très déchiré, mais ça, c’est plutôt un atout quand on veut se taper un mec.

Rapidement, ils rentrent chez lui. L’appart est sympa mais ça pue le mec qui n’a pas de goût. Genre, je gagne de l’argent, j’ai une belle surface mais c’est Valérie Damidot, sur les conseils du mec de Tous ensemble, qui m’a fait la déco. Dans sa chambre, Narcisse n’a qu’à bien se tenir. Des miroirs partout. Même au-dessus de son pieu.

J’en profite pour faire une parenthèse nécessaire : les mecs, arrêtez de vous regarder dans la glace en pleine action. D’une, on le voit (et on vous trouve pathétique), de deux, ça fait vraiment porno raté des années 80 (« t’as vu ma belle comme je te prends »… et re pathos).

Ni une, ni deux, les voilà totalement dessapés, prêt à se sucer la pomme. Contre toute attente, l’animateur attrape le pied d’Andrea et commence à l’embrasser. Original comme préliminaire. Mais pas désagréable. Et puis, quand il estime que le tour de son pied a largement été exploré, Andrea lui suggère de passer à une autre partie de son anatomie. Mais notre fétichiste n’en a pas fini : il lui gobe maintenant le panard tout entier en poussant des petits cris. Andrea est quelque peu embarrassé.

« En plus, paie tes pieds en revenant d’une soirée à 4h du mat’, ça doit être un délire ».

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Un pied dans la bouche ne semble clairement pas le satisfaire: il le presse de se lever afin qu’il lui écrase le visage avec ses pattes trempées de bave. Ouais, ça doit effectivement être un délire.

Pendant qu’il lui broie la gueule de toutes ses forces, Andrea est en fou rire intérieur. Son fantasme qui lui demande ça, c’est tellement improbable que s’en est magique.

Heureusement pour lui, l’autre arrête de prendre son pied avec les siens et la nuit finit dans les anales.

Quand j’ai demandé à Andrea comment cette histoire s’était terminée, il m’a répondu du tac-au-tac :

– « Mais c’est pas terminé, on se voit encore. »

– « Quoi ?! Avec tes pieds et tout… »

– « Ah oui, mais moi je n’ai aucune fierté quand je peux tirer un bon coup ».

A bien y réfléchir, je veux bien être pd dans ma prochaine vie.

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