Le fabuleux destin de bellâtre l’Américain

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Avant de devenir une femme d’affaires accomplie, Léa est passée par pas mal de petits boulots. Elle a vendu des paires de pompes dont elle n’osait même pas rêver la nuit, elle a été hôtesse au Salon du mariage alors qu’elle venait de se faire salement larguer, elle a été serveuse pour des millionnaires en goguettes qui claquaient un smic en langoustes. Tout ça lui a donné la niaque pour réussir. Et pour s’acheter des tas de Manolo Blahnik, des kilos de truffes et ne plus jamais se retrouver entre deux loveurs mielleux et une robe de mariée immonde.

Mais bien avant qu’elle ne puisse s’offrir toutes ces choses hautement vitales, Léa servait régulièrement un bellâtre ténébreux qui avait tendance à se prendre pour Jean-Claude Van Damme. Quand elle prenait sa commande, le mec lui donnait souvent du franglais ridicule parce que, tu comprends, « I forgot how we say steak en Français ». Ben, on dit steak, connard. – Le mec est trop jet-lagué, tu comprends à L.A, on est encore hier –

Notre golden boy des années 2000 était certes limité, mais il avait une si belle gueule qu’on finissait par occulter son phrasé de blaireau. Et puis, il avait toujours une petite attention pour Léa : un cadeau de ses voyages, un bisou trop près de ses lèvres, un joli billet vert dans sa poche.

Un soir, il se décide à passer la seconde. Il a réservé une table dans une de ces boîtes où les filles portent des robes en polyester et chaussent de fausses semelles rouges, et il voudrait qu’elle vienne le rejoindre. Mathusalem de champagne et Jeroboam de vodka, il met le paquet sur la table pour être ringard, bellâtre. Ils se tournent un peu autour, mais les michtonneuses de Paris ayant flairé le poisson et les remix de Bob Sinclar s’enchaînant, Léa abdique. Elle rentre se coucher, seule.



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Quelques semaines plus tard, le revoilà à Paris. Plus tired que jamais. Londres-New-York-Milan-Paris, c’est too hard for lui. Mais, bon, qu’est-ce que tu veux, c’est ça le business.

Au diable la fatigue, bellâtre organise une petite fête chez lui et propose à Léa de venir. Elle accepte. Arrivée aux confins de Miami et Ibiza, à l’endroit même où Dieu s’est fait la malle, où la morale n’est plus, Léa découvre son pied-à-terre Parisien, plus grand que le Sénégal et aussi chaleureux que le Groenland. A sept heures du matin, quand les derniers saoulards se décident à partir, bellâtre lui propose de rester « dormir ». Elle n’a pas sommeil, alors elle accepte. Le lendemain, au réveil, il est déjà parti à l’aéroport. Los Angeles l’attendait pour faire des affaires.

Quelques semaines plus tard, je sors avec Léa. Vodka pour moi, champagne pour elle. A la première gorgée, Léa se met à avoir mal au cœur. A la fin de son verre, elle va gerber.

Je me souviens d’un livre d’Amanda Sthers où elle explique comment elle s’est rendu compte qu’elle était enceinte. Partie en vacances le moral en berne, elle avait eu envie de nager avec les dauphins. A son arrivée, ils avaient tous fui. Elle s’était mise à pleurer. Et puis, d’un coup, elle avait compris : un dauphin sent qu’une femme est enceinte et ne s’en approche pas pour ne pas la blesser. J’avais trouvé ça très beau.

Mais, là, Léa, c’était pas Flipper qui l’avait prévenu, c’était sa putain de piscine de champagne à vingt euros. Après deux tests positifs, la sentence était sans appel : Léa était bel et bien enceinte de bellâtre.

Elle l’appelle à L.A. « Combien je t’envoie ? », voilà ce que le mec lui répond. Ben oui, bellâtre ne règle pas les problèmes avec son cerveau, il les solutionne avec un tas de billets violets. Léa lui dit qu’elle va se débrouiller. Et elle se débrouille, seule.

Des mois plus tard, il vient dîner en tête-à-tête avec une blonde de quatre fois la taille de Léa. Ils s’installent dans le rang dont elle s’occupe. La grande classe pour lui, la grande veine pour elle. Il lui dit bonjour, l’air de rien. Et puis, quand sa blonde part se repoudrer le nez, Léa prend son courage à deux mains. Elle lui explique que l’avortement a été difficile, il lui répond qu’il est train de dîner. Elle se tâte pour lui faire bouffer un fœtus mort, mais y en a plus en cuisine. Alors, elle décide d’éternuer dans son assiette, fallait pas jouer au con, bellâtre.

Pendant des années, plus rien. Il ne vient plus dîner. Elle arrête de faire le larbin pour des types comme lui. Et puis, cet été, au hasard de lectures supérieurement intellectuelles, elle le voit bras-dessus bras-dessous avec une chanteuse Britannique. Il vient de se marier avec elle. Et le magazine s’interroge : « Qui est donc ce Français qui a réussi à mettre la main sur la chanteuse ? »

Tu veux leur répondre, Léa?

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