La promesse de daube

tumblr_lkaipraB161qgnp24o1_500

Vous serez peut-être surprises de ne pas lire le jour du gif aujourd’hui. La raison est très simple et tient en quelques mots : ça me fait royalement chier. Voilà, c’est dit. J’ai hésité à passer le gif sous silence et écrire une autre histoire ni vue ni connue à la place mais, comme on commence à bien se connaître, autant être franche : les lol cats, les meufs qui font bouger leurs cheveux et les wtf faces, j’en peux plus. RIP le jour du gif.

 En revanche, y a un truc dont on a pas encore beaucoup parlé : le rencard arrangé. La copine bien intentionnée qui vous présente un type super, qu’elle ne toucherait pas avec un bâton, la sœur qui ressort son carnet d’adresses et vous trouve une « date » avec le premier crevard pas maqué, la mère qui désespère « moi, à ton âge, j’étais mariée depuis dix ans et j’avais déjà deux enfants ». Oui maman, mais à mon âge, y avait pas le sida, tu devais bosser en jupe et Simone Veil se faisait encore huer à l’Assemblée. Alors bonne soirée, je vais boire des coups avec mes copines !

Et voilà comment Charlotte s’est retrouvée à dîner avec un blaireau. Un blaireau savamment choisi par sa grand-mère. En fait, c’était son voisin de palier, un médecin qu’elle allait consulter à peu près toutes les six minutes depuis qu’elle s’était rendue compte qu’il n’avait pas de bague au doigt. Si le mec avait été cheminot, je ne suis pas sûre qu’elle y aurait mis autant du sien, soit dit en passant.

 « Ma chérie, à ton âge, des médecins célibataires qui veulent bien dîner avec toi, y en a pas dix ! »

Merci mamie. J’avais déjà envie de me pendre, mais je vois que t’as prévu la corde. Charlotte cède. Peut-être que sa grand-mère a vu juste. Peut-être qu’elle va bientôt caner, aussi. Alors, un dîner, c’est pas grand chose, après tout.

 – « Tu ne mets pas ton jeans troué hein, tu vas porter ta robe de bal. »

– « Mamie, je n’ai jamais été au bal. C’est pas un jeans mais un jean. Et je vais y aller habillée comme je veux. »

Charlotte finit en robe noire et talon de 12, évidemment. Le châle de sa grand-mère sur le dos. Elle entre dans le restaurant et cherche du regard un type seul à une table, avec une tête de médecin.

– « Bonsoir… vous êtes Marc ? »

– « Bonsoir Charlotte, asseyez-vous, je vous en prie. »

Le type a une paire de baskets aux pieds et des trous dans son jean. Merci mamie. Je n’oublierais pas de brûler ton châle. Mais contre toute attente, le dîner est plutôt agréable. Marc est un homme qui a de la conversation et qui s’intéresse à plein de choses. C’est aussi un médecin brillant qui a été chef de clinique dans les hôpitaux les plus réputés de Paris. Il participe aux recherches contre le cancer, il s’occupe des enfants malades, il est plutôt pas mal aussi. Mamie, tu as toujours été ma grand-mère préférée, tu sais.

Ok, Marc est brillant. Mais il le sait un peu trop. En fait, le mec s’adore. Il se trouve incroyable et quand il parle de son parcours, ses yeux s’illuminent comme moi quand je passe devant une vitrine à -50%. Il est tellement fier de sa réussite, de son argent et de tout ce qu’il peut s’offrir avec, qu’il commence à foutre des complexes à Charlotte.

Et puis l’addition arrive. Il la prend dans ses mains et l’inspecte en fronçant les sourcils. Une minute de rides frontales plus tard, il relève la tête :

« Je prends en charge les boissons, en divisant le reste, tu dois 34 euros. »

Véridique. Charlotte se lève, attrape son sac.

– « Ok, je vais aux toilettes, j’arrive. »

– « Mais pourquoi tu y vas avec ton sac ? »

– « Parce que j’ai un problème féminin, là, tu vois ! »

Et parce que connard, si j’ai envie de prendre mon sac, qu’est-ce que ça peut te foutre ??

En toute décontraction, Charlotte passe par les toilettes, récupère son manteau au vestiaire et se casse, laissant la douloureuse à notre ami j’ai beaucoup d’oseille mais très peu de savoir de vivre. Mamie, Charlotte a remis son jean déchiré, mis ton châle à la poubelle, et la prochaine fois que tu as une idée, étouffe-toi avec.

Y en a qui sont si pauvres qu’ils ne possèdent que de l’argent.

Publicités