J’ai oublié de te dire que je m’en vais

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A chaque fois qu’elle croisait ce mec, Léa perdait la tête. Thomas n’avait pourtant rien d’un canon de beauté mais il dégageait ce petit truc en plus, qui le rendait sexy à mort.

Elle avait bien essayé de lui parler des dizaines de fois mais dès qu’elle se trouvait à ses côtés, elle devenait complètement débile.
Elle se mettait à bafouiller, à raconter des choses absurdes et, évidemment, elle brisait chaque jour un peu plus ses chances de le mettre dans son pieu.

Mais un soir d’hiver, le diable au corps et le sang chaud, Léa va rejoindre un de ses potes dans une boîte à chaudasses du 8ème. Le genre d’endroit où si tu croises un type que tu connais, même vaguement, tu changes d’identité le lendemain. Ou tu t’inscris au programme de protection des témoins, façon Xavier Dupont de Ligonnès, au choix.

Léa prend le risque. Ce soir, elle vendrait sa mère pour une vodka.

Accoudés au bar, son pote et le bien nommé Thomas sont en train de se miner la gueule en matant des filles de petites vertus twerker sur du Dancehall. Chouette programme.
Et puis merde, elle se dit que ce soir, c’est le grand soir. Alors, elle commence à s’enquiller des shots avec Thomas et comme par magie, elle devient beaucoup moins débile. Et lui, beaucoup plus réceptif.

« Et puis, j’ai pas compris, après le 7ème shot, je me suis retrouvée dans un taxi avec lui ».

Le problème, c’est que Thomas n’a pas d’appart et qu’à l’époque, Léa vit encore chez ses parents. Ils se mettent donc à chercher une chambre d’hôtel dans les environs. Mais, mis à part le Plaza Athénée ou le Ritz, à 1500 balles la chambre de dix mètres carrés, y a pas vraiment d’autres choix. Le Formule 1 à 45 euros la nuit, et le petit déj’ à volonté de l’Ibis, c’est pas très Triangle d’or. Ils finissent donc par atterrir dans un hôtel miteux façon chalet montagnard et réceptionniste blédard, qui regarde Léa du style « encore une michtoneuse à dix balles ». Sauf que la chambre en coûte 400 à Thomas. Ça fait cher le tapin.

A peine arrivée dans la « suite royale », Léa se sent mal. Mur en crépi, moquette orange, couvre-lit marron. Et croûte au mur façon Monet de la Courneuve. Léa décuve direct. – J’essaierai de m’en souvenir la prochaine fois que je picole trop – D’un coup, elle se demande ce qu’elle fout là, avec ce type qu’elle connaît à peine, qui, certes l’a fait fantasmer depuis des mois, mais avec qui elle n’avait pas du tout envisagé les choses comme ça.

Elle essaie de se convaincre que ça va être sympa. Et pour ça, il lui faut des clopes et une bouteille de vodka. Elle appelle le room service. Le réceptionniste lui répond qu’il n’y en a pas. A 400 balles la « suite royale », le mec lui propose quand même un club sandwich. Grand prince, le type.

A bout, Léa descend et chope un taxi à la recherche d’un putain de Marlboro light et d’une vodka bon marché. Et puis, installée dans la voiture, elle n’a qu’une envie, c’est être chez elle, toute seule. Alors, elle change de direction. Et la direction, c’est son pieu.

Elle essaie d’appeler Thomas. Elle se prépare à se faire insulter, mais, tant pis, elle doit quand même le prévenir qu’elle ne reviendra pas. Sauf que Thomas n’a plus de batterie. Thomas l’attend à moitié à poil sur un couvre-lit dégueulasse. Et Thomas se fait poser le lapin du siècle.

Le lendemain, au réveil, son pote l’a appelé huit fois. Il lui dit qu’elle a déconné et que Thomas est hystérique. C’est de bonne guerre, me direz-vous.

Alors, imaginez le jour où elle est retombée sur lui, par hasard, après avoir rasé les murs pendant six mois. C’était folklo. On aurait dit que le mec était encore en train de moisir dans la chambre tellement il ne décolérait pas.

Mille pardons n’ont pas suffit. Léa l’a traumatisé à vie.


Lui, c’est sûr, le coup de la baguette, on ne peut plus lui faire.

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