Fifty Fake of Grey

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Y a des soirs comme ça où on se demande pourquoi on est pas resté chez soi. On avait zéro motivation, en plus. Mais qu’est-ce qui nous a pris de bouger notre cul alors qu’il y avait « Faites entrer l’accusé » sur le dépeceur de Lille, je vous le demande ?

Bien entendu, cette réflexion, on l’a toujours le lendemain, après la défaite.

« Viens, je suis dans un bar à côté de chez toi, y a trois mecs canons, dont un sur qui j’ai déjà mis une option ». Quand Lola reçoit ce message à 21 heures, elle a vraiment la flemme. Et puis, elle se dit que si sa pote lui dit de rappliquer, c’est qu’il y a matière.

Elle arrive dans le bar. Sa rabatteuse et une de ses copines sont en grande conversation avec trois mecs pas mal. Et celui qui lui est promis est, de loin, le mieux des trois. Belle gueule, pas con, et surtout, surtout, cheveux poivre et sel, ce qui a le don de la rendre amoureuse en un quart de seconde.

Je ne vais pas vous refaire le passage du « c’est dégueulasse, un mec avec les cheveux gris, c’est canon, alors qu’une nana avec un cheveu blanc, c’est déjà un pied dans le cimetière de la baise ». Ca fait des années qu’on le sait, on s’est fait avoir à la naissance, maintenant, acceptons-le. Pour le reste, y a le maquillage et les colorations.

Lola est sur un petit nuage quand elle reçoit un deuxième message de sa pote : « Le mec est milliardaire en pétrodollars, fonce. On compte sur toi. Enfin, surtout moi. » Le cheveu grisonnant à la George Clooney était un premier point positif, mais le compte aux îles Caïmans finit de la convaincre.

« Ça tombe bien, j’ai vu une robe de mariée magnifique chez Delphine Manivet ».

Lola, dans toute sa splendeur. Serait-elle un peu pressée de se caser ? Non, pas du tout. Qu’est-ce qui vous fait penser ça ?

Et puis, le type lui propose de finir chez lui, il a une maison à Saint-Germain-en-Laye. Question : il n’a pas un peu plus loin encore ? Sérieux, Saint-Germain-en-Laye, dans ma tête, ça sonne comme Marseille, c’est pareil. De toute façon, tout ce qui est après le périph’, c’est plus la France. Mais ça ne dérange pas Lola. Elle se dit que c’est l’aventure. Et qu’il faut y mettre un peu du sien pour se caser, aussi.

 « Sa maison, c’est pas exactement le petit pavillon des Yvelines, hein ! Ça ressemble plus à la baraque de Michael Jackson. Genre, Neverland, les gosses en moins. »

10 chambres, 5 salles de bain, 3 Ferraris, 1 piscine, 1 jacuzzi. Voilà, voilà.

Le type lui propose un bain de minuit, avec champagne et tout le tralala du blindé qui se la joue Américain alors qu’il fait moins 12 dehors. Pas grave, Lola est conciliante. Et puis, en parfait gentleman, il lui propose de dormir dans une chambre, qui n’est pas la sienne.

Il est mignon, crinière de vieux, mais elle n’est pas venue jusqu’au bout du monde pour tricoter des pull-overs, la petite. Alors, aussi bien éduqué soit-il, Lola lui propose d’investir son pieu – avant de ramener définitivement ses valises -.

Ils passent la nuit à se faire des câlins et des papouilles comme s’ils avaient 15 ans. Ça a son charme, me direz-vous. On ne peut pas en vouloir à un mec de ne pas être un bourrin.

Quand elle se réveille, Lola est aux anges. Elle se voit bien se lever tous les matins ici et recevoir ses potes dans sa modeste demeure. Ouais, elle se voit aussi déambuler en peignoir avec ses initiales brodées et ne rien foutre de ses journées. Tignasse grisonnante l’appelle. Elle arrive dans la cuisine, prête à prendre son tout premier petit-déjeuner avec son futur mari.

Mais, là, c’est le drame. Son monde s’écroule. Sa robe Dephine Manivet, son peignoir brodé, son jacuzzi du matin, ses réceptions de Madame l’ambassadrice. Tout se casse la gueule.

Le type n’a pas le cheveu gris, non. Il a un putain de balayage blond platine version pédale Californienne qui fait de la muscu à Venice Beach. Le mec a tellement décoloré ses trois poils sur le caillou, qu’à la lumière du jour, il ressemble à s’y méprendre à un albinos.

Lola prend sur elle mais finit par se casser au bout d’un quart d’heure.

 « Super la soirée: j’ai failli me taper George Michael version dépigmentée et ça m’aura coûté 80 balles de taxi retour. »


On ne le répétera jamais assez : la nuit, tous les chats sont gris.

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