Je vous demande de vous flageller

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Myriam, c’est notre cheval de course. On a tout misé sur elle. Les 200 balles de mon compte épargne, ma flik flak rose, ma dernière clope, même mon honneur, je l’ai laissé entre ses mains.

Bac à 17 ans mention très bien, master en droit des affaires, école de formation du barreau, elle n’a jamais échoué à un contrôle, à un examen, rien. Je ne vous cache pas que je la soupçonne d’être plus bionique qu’humaine, mais ça, c’est une autre histoire.

Pendant ses études, Myriam fait la connaissance de Frédéric, un étudiant, qui, comme elle, ne connaît pas le sens du mot échec. Le mec a la gueule du gendre idéal avec ses chemises impeccablement repassées et ses lunettes d’intello coinços. Très vite, ils commencent à sympathiser. Frédéric vient d’une bonne famille, papa médecin, maman avocate, et se divertit, entre deux contentieux commerciaux, en participant à des meetings politiques. Gros potentiel déconneur quoi.

Mais Myriam jubile, elle se voit déjà première dame en tailleur Chanel et chignon bas, à saluer les foules sur le perron de l’Elysée.

Pour leur premier rendez-vous, Frédéric l’emmène manger un couscous. Il doit penser que c’est local pour elle, que ça lui rappelle le « pays ». Merci mon grand, la prochaine fois, je mettrais des babouches et on écoutera Faudel, histoire de bien satisfaire à tes clichés de beauf.

Deux ou trois rencards plus tard, Frédéric, en bon diplomate, explique à Myriam que cette année est cruciale pour sa future carrière et qu’il ne peut plus lui consacrer de temps. C’est qu’il a un agenda de ministre, blaireau premier.

Un an plus tard, alors que Myriam est officiellement devenue avocate et qu’elle a en même temps oublié son existence, il réapparaît.

Cette fois, il lui propose de manger un tajine. Véridique. Je ne peux pas m’empêcher de penser que si la meuf avait été Suédoise, ils auraient dîné à la cafét’ d’Ikea. « Tu veux goûter mon Västerbotten? », « Non merci, mon renne aux airelles rouges me suffit. » Parce que oui, les Suédois bouffent du renne. Ce machin qui tire le traîneau du père Noël, eux, ils en ont rien à secouer, ils le bectent tranquille. Bande de salauds. Tueurs de rêves.

La soirée se prolonge dans son appart de militant UMP, façon la France Forte, avec la tête de Sarko dans les chiottes et Public Sénat en fond sonore. Un rigolo, on vous a dit.

Et puis, le mâle qui sommeille en lui, se met à lui grimper dessus, parce qu’avec Fredo, ma p’tite, tout devient possible. Même la baise de cinglé. Il la prend, la retourne, lui tire les cheveux, la soulève, lui monte dessus, la tord. Le mec croit la faire jouir alors qu’il ne fait rien de plus que de lui casser la gueule. De la baise de politicien. Du grand DSK.

Le lendemain, le verdict est sans appel : soit Myriam s’est fait bastonner par une bande de caillera, soit elle a niqué avec un décérébré qui l’a couverte de bleus, morsures et autres jolies marques colorées.

Mais comme Myriam est maso, elle y retourne.

 « C’est un politique le mec, même sa baise il la vend bien ! »

Mouais, s’il gouverne le pays comme il nique, le Fredo, c’est plus un trou qu’il va y avoir à la sécu, c’est Handicap international.

Un soir, il lui donne rendez-vous à son boulot, il l’emmènera bouffer du pigeon après. C’est ça, chez vous, c’est un plat typique, non?! Myriam hésite à lui demander si sa mère aussi, elle est typique, mais sa bonne éducation aidant, elle se contente d’acquiescer.

Quand elle arrive, son visage est fermé. Il la regarde, l’air grave. « Il faut que je te parle ». Voilà la phrase introductive à tout largage en règle. Inutile de dire quoi que ce soit après, on connaît la suite. « Je t’aime beaucoup, mais je pense trop à mon ex », « Tu es quelqu’un de trop bien, je ne te mérite pas », « Je n’ai pas le temps de me consacrer à toi, ma vie est trop compliquée ». Mais Fredo a une alternative couillue. Une option « franchise » à laquelle je n’aurais pas pensé. Surtout venant d’un politique.

« Tu sais, Myriam, entre nous, y a aucune ambiguïté, que de la baise. »

Il lui fait un signe en direction de la fenêtre. Une nana est à son bureau, elle les regarde.

« Par exemple, la nana là, au 3ème étage, c’est ma meuf et elle sait très bien qu’il n’y a pas d’ambiguïté entre nous ».

Voilà. Le type lui balance ça en pleine face, sans se démonter, sans baisser une seconde le regard, sans se bouffer les doigts. Le type a des couilles certes, mais des couilles d’enculé. Il assume. Et sa déballe, il en est pas peu fier.

Myriam est abasourdie. Elle sent que les larmes montent, elles sont même à deux doigts de couler mais, à choisir, elle préférerait se raser la tête plutôt qu’il les voit. Elle choisit l’alternative « humiliation » parce que, s’il veut jouer, le politicard, elle va le faire transpirer.

« Mais évidemment qu’il n’y a aucune ambiguïté entre nous, Frédéric, comment pourrait-il y en avoir ? Tu sais, chez moi, on égorge les moutons, on mange même du pigeon, la seule chose qu’on ne fait pas, c’est baiser comme un lapin. Tu m’auras appris que chez vous, c’est la coutume. Merci pour ton savoir-faire. »

Il est resté comme un connard. La gueule rouge écarlate. Les jambes tremblantes. Et l’ego en miette.


Ben ouais mon grand, quand on veut jouer au politicien, ce n’est pas tout de vouloir faire carrière, encore faut-il savoir assumer la défaite.

 

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