Et Dieu créa la flemme

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Quand Hugo a embrassé Fleur, ça faisait déjà quelques années qu’ils étaient potes. Restos, anniversaires, apéros, ils avaient partagé pas mal de moments et même quelques jours de vacances. Alors, quand un soir, ils se sont galoche à pleine bouche, on s’est d’abord dit que c’était improbable et puis, finalement, que c’était peut-être ça la vraie clé du couple.

Ben ouais, l’amitié qui dérape, c’est vieux comme le monde et ça évite les premiers rendez-vous de mytho, aussi. « Non, j’ai les cheveux naturellement brillants, j’ai absolument rien fait » alors qu’on est passé par 18 démêlants Kérastase, 2 brushings et un lissage à 220 degrés. Quand tu me verras au réveil avec ma tignasse de tarée et les 5760 cheveux qui traîneront dans ton pieu, ce jour-là, tu te souviendras de ma déballe. Ça vaut aussi pour les mecs, qui vont t’expliquer qu’ils sont sur plein de projets en ce moment. « Ouais, je suis sur un gros coup, là, mais je peux pas trop en parler ». Tu déchanteras quand tu comprendras que le projet se résume à la sortie du dernier Call of Duty et de l’abonnement au PSG pour aller gueuler au stade comme un beauf entre deux fachos.

Mais comme Fleur connaissait déjà Hugo, elle s’est dit que le pire était derrière elle. Comme elle est mignonne. Parce que, oui, au début, il était plein de petites attentions: un bouquet de roses par-ci, un petit dîner par-là, un message juste pour te dire que je pense à toi. Tout cela flairait bon l’amour.

Et puis au fil du temps, Fleur se rend compte que dans la vie, Hugo occupe le poste très convoité de glandeur professionnel. Mais attention, pas n’importe quel petit branleur de pacotille, non, Hugo, c’est le niveau roi de la paluche. En fait, sa vie se résume à glander depuis qu’il a compris qu’il ne pouvait pas et bosser et faire la teuf. Il a donc choisi la deuxième option parce que picoler c’est quand même vachement plus sympa que de se lever le matin.

Pour une accro du boulot, qui bosse 70 heures par semaine, c’est un peu difficile à encaisser. Elle avait vu en Hugo un type un peu bohème, il se révèle juste grosse feignasse sur pattes. Un jour, il a même monté une boîte mais quand il s’est rendu compte qu’il fallait payer des charges et des impôts, il a lâché l’affaire. Ben ouais, ce serait con d’avoir des projets et de l’ambition à 40 piges.

Mais le meilleur reste à venir. Le glandeur est une merveille inépuisable.
Un soir, alors que Fleur rentre d’un séminaire, avec pour seule envie de se jeter dans son lit, Hugo décide de lui parler. C’est qu’il a eu le temps de tergiverser pendant qu’elle était partie bosser. Il a aussi eu le temps de mater quatorze épisodes de Game of Thrones et de vider le frigo.

« J’ai bien réfléchi, j’ai envie de faire mon « Don Juan ».

Fleur ne comprend pas très bien où il veut en venir. Enfin, elle espère surtout ne pas voir où il veut en venir. Parce que là, elle entend « j’ai envie de baiser la planète donc pas que toi ».

« Voilà, Fleur, je t’adore, mais j’ai envie de me taper plein de meufs ».

Et là, ça part. Claque dans sa gueule, parce que vider son frigo, c’est déjà limite mais lui dire ouvertement qu’il a envie de se taper des putes, ça ne mérite plus de mots, juste une bonne grosse tannée.

– « Mais, tu sais, quand je rencontre une fille aussi chanmé que toi, je la présente à mes potes et eux en tombent amoureux ».
– « Ça veut dire quoi? Que t’as l’intention de me faire tourner comme une vieille mob dans la cour d’une cité ?? »

Pas de réponse. Ce qui équivaut à « ouais, c’est un peu ça ».
Hystérique, Fleur le jette de chez elle. Mais, loin de se démonter, le mec sonne à la porte. Elle se dit qu’il va s’excuser, ils étaient quand même potes avant, il va lui demander pardon, c’est sûr.

« Au fait, même si c’est fini, je peux venir à ton anniversaire la semaine prochaine, ça me ferait chier de rater cette teuf ? »

Le mec n’a peur de rien. Il tente. Ben ouais, sur un malentendu, ça pourrait marcher. Dépitée, Fleur ne prend même pas la peine de lui répondre, elle lui claque juste la porte sur la gueule, ça fera office de réponse.

Il n’a pas osé venir à son anniversaire, ils ne sont pas restés potes, mais il a trouvé un job. Non j’déconne. Il est toujours inerte sur son canap’.


Glandeur un jour, glandeur toujours. Merci mec d’avoir ranimé la flemme.

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