C’est le temps de l’amour, le temps des copains et de la biture

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Quand il a ouvert un œil, Marc n’a rien reconnu. Ni la chambre, ni la table de nuit, ni même ce dos, collé au sien. Il a ouvert le deuxième, en pensant que ça pourrait peut-être l’éclairer davantage. Mais non. Il ne reconnaissait toujours rien.

Il s’est redressé d’un coup. Et sa tête a commencé à tourner façon grand huit. Ou façon douze vodka, quatre shots de tequila, et un d’absinthe, pour la route. S’il ne se souvenait effectivement de rien, une chose est sûre : hier soir, mon grand, t’as fait de la merde. Et t’es rentré avec une nana dont tu ne connais, pour l’instant, que le dos.

Cette situation doit parler à plus d’un – et je ne m’exclus pas de l’histoire – ou, en plus d’avoir envie de subir un lavage d’estomac, on anticipe les dégâts de la veille. Parce qu’on sait déjà qu’on a perdu toute dignité. Et à plusieurs reprises, il va sans dire.

Généralement, ce genre de moment s’éclaire grâce aux dizaines de tickets CB retrouvés dans ses poches, les messages en morse envoyés à 6h28 à tout son répertoire et Facebook, où le monde nous rappelle qu’on a pris une taule monumentale. Merci les copains. Je ne manquerai pas de m’en souvenir le jour où vous gerberez dans le caniveau.

Sauf que là, Marc, n’a rien d’autre que sa mémoire pour se rappeler de la soirée. Et un dos. Des indices pourris, en gros. Il essaie de se concentrer. Et se rappelle alors de deux nanas, une petite blonde, et une autre avec un chapeau, qu’il avait bien aimée. Il se relève légèrement, histoire de voir quel visage a cette colonne vertébrale. Verdict: ce n’est ni l’une, ni l’autre.

Marc prend alors la seule vraie décision qui s’impose: partir en lâche. En laissant un petit mot, histoire de ne pas passer pour un enfoiré non plus. « Hey ! Merci pour cette nuit, c’était cool. A bientôt… »  Merde. Il ne sait même pas comment elle s’appelle. Tant pis pour le mot, son étiquette de salaud, aujourd’hui, il l’assume. Il n’est plus à ça près, de toute façon.

Il s’agit maintenant de s’extirper des draps le plus délicatement possible, en essayant de ne pas respirer, de ne pas faire de bruit, de ne pas la réveiller. Il s’agit de sortir de ce putain de lit en étant mort, en gros.

Et dans ce genre de moment, on arrive à s’étonner. Ouais, d’un coup, alors que Marc a la délicatesse d’un manchot borgne, il devient équilibriste façon Cirque du soleil. C’est qu’il a tellement peur de se faire gauler qu’il se découvrirait presque des talents insoupçonnés, le garçon. – On ne vantera jamais assez les mérites de la lâcheté –

Tout doucement, il attrape ses affaires. Son caleçon jeté au pied du lit, son jean à l’autre bout de la pièce, son tee-shirt en boule. Il y est presque. Il ne reste plus qu’à retrouver sa deuxième pompe et la liberté s’offrira à lui.

Mais, évidemment, cette saloperie de deuxième basket joue à cache-cache avec ses nerfs. Elle n’est nulle part. Il en vient même à se demander s’il est rentré avec ses deux pompes. Ben oui, pochtron, y a peu de chance pour que tu en aies oublié une sur la route. Quoique.

Et pendant qu’il retourne la chambre à la recherche de sa Nike perdue, oubliant toute résolution de discrétion, le dos se réveille. Elle le regarde. Là, c’est sûr : il ne sait pas qui est cette personne.

Alors, à défaut de pouvoir la jouer lâche, Marc la fait fourbe.

     –   « Salut, comment ça va ? »

   Sauf qu’un dimanche, avec un reste de 3 grammes dans le sang, on n’est pas bon comédien.

    – « Allez, arrête ton char, je sais très bien que tu ne te rappelles de rien ! »

Lucide, le dos.

   – «Mais non, pas du tout !».

Ok, cours Florent, essaie encore.

   – « Ah oui, alors comment je m’appelle ? »

– « … »

– « J’en étais sûre. Du coup, maintenant que t’es habillé, tu peux partir. Mais si tu veux rester, je vais faire du thé et je te sucerai après. »

Tout compte fait, plutôt hospitalier, ce dos.


Marc est resté. Et je vous jure, le dos s’appelait Sophie.

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