Partir un jour, au secours

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Si j’avais 60 piges, je commencerais cette histoire par une phrase du style « il faut que jeunesse se passe ». Mais comme j’en ai 30, je dirais plutôt qu’à 20 ans, on fait des choix de merde. On préfère les types beaux comme des dieux avec des QI de poissons morts, on boit du Malibu coco ananas-passion et du kir pêche, on veut se faire liposucer les os pour tout se mettre dans les nibards, et on croit qu’avec lui, c’est pour la vie.

Will a été de ceux-là. Quand il a croisé cette nana, sa bite lui a fait croire que c’était la bonne. Alors qu’elle était juste bonne en fait. Mais voilà, à 23 ans, quand on rencontre le sosie d’Eva Mendes, on pourrait traverser la planète pour le suivre. Et c’est ce que Will a fait.

Ce soir-là, quand il est arrivé à l’anniversaire de son pote, Will sortait d’une rupture difficile et avait envie de brûler l’espèce féminine dans son intégralité. Alors, comme toute personne saine d’esprit, il est allé picoler direct. Du whisky on the rocks, version cowboy de saloon. Et un verre de Perrier derrière parce que c’est fort ce truc, dis donc. On dirait presque qu’ils ont mis de l’alcool dans le sky, les bâtards.

Et là, arrive cette nana, qui se sert un verre à la John Wayne et se l’enquille comme du lait fraise. Ok, meuf, toi, t’as pas peur. T’es une vraie. Et tu commences à me plaire.

Je comprends Will. Un mec qui descend de la vodka plus vite que moi, ça peut me faire tomber amoureuse. C’est même un critère essentiel. Y en qui veulent un mec attentif, d’autres qui recherchent un homme qui fasse un bon père. Moi je veux un mec qui se bute à la vodka, comme moi. Avis aux amateurs.

En plus d’avoir une descente de shérif, la nana est superbe. Le genre de filles qui sent le soleil et le sable chaud. Tu pourrais lui lécher le visage tellement elle sent la plage. Voilà pourquoi Will a très vite revu ses a priori sur les femmes. Et a décidé qu’elle, il ne la laisserait pas passer.

Très vite, ils se trouvent des points communs «non, toi aussi, t’aimes la musique et les voyages?» Incroyable. Vient on s’épouse. On ira dîner après. Seul hic, la meuf se barre dans deux semaines pour vivre à Miami, ce qui complique légèrement ses plans.

Mais il ne se laisse pas décourager. Il va tout faire pour l’avoir. Il ira même habiter à Miami s’il le faut. Et ce con l’a vraiment fait. Voilà pourquoi on ne devrait pas avoir le droit de prendre des décisions à 20 ans. Parce que c’est toujours des choix pourris. Comme le mec qui a décidé de virer Burger King du territoire pour le faire revenir 15 piges après. C’était très con.

Will a donc tout plaqué du jour au lendemain pour suivre une meuf qu’il connaissait à peine à l’autre bout du monde. Il avait un super boulot, un super appart, des supers copains, et un super, super salaire. Vous vous souvenez, c’était l’époque où on pouvait gagner plein de billets avec des têtes de présidents morts dessus. Une ère située un peu après les Dinosaures mais avant les Twin Towers. Vous voyez de quoi je parle ? Oui, c’est ça, l’époque où y avait de la thune.

Et comme il avait amassé suffisamment d’argent pour se la jouer grand prince, Will n’y est pas allé avec le dos de la cuillère. Suite de 300 mètres carrés, Ferrari de kéké, rien n’était trop beau pour impressionner sa belle.

Seulement, au bout de quelques semaines, à vivre comme un nabab avec des trous dans le cerveau, Will s’est retrouvé avec des trous dans les poches. Il s’est donc résigné à louer un petit studio, à rendre la Ferrari et à trouver un boulot de serveur sur une plage. Le rêve américain, mais à l’envers.

C’est bizarrement à cette période que la nana a soudainement été très occupée. Y avait toujours une bonne raison : un sacré mal de tête, un ongle cassé, un bikini pas assez échancré. Bref, Will s’est vite retrouvé à faire le larbin de service dans son nouveau job et avec sa diva capricieuse.

Un matin, elle lui annonce que sa mère débarque pour quelques jours. Will met donc toutes les chances de son côté, va chercher belle-maman à l’aéroport et les invite à dîner dans un super resto avec les derniers dollars qu’il lui reste. Et si la fille commence sérieusement à être infecte, la mère est carrément abominable. Le duo infernal passe son temps à tout critiquer : la bouffe, pas assez bonne, les gens, pas assez beaux, le temps, pas assez chaud, et Will, pas assez tout.

Mais ce jour-là, à la plage, c’est le point de non retour. Will va faire du wind surf pendant que les deux veaux restent harponnées à leur transat pour dézinguer des grosses en maillots de bain. Quelques minutes plus tard, il revient le pied en sang. Il a fait une mauvaise chute et là, c’est l’hosto direct. Une personne normale serait accourue pour l’aider. Mais elles non. Elles en ont même profité pour bien se foutre de sa gueule. «Le con, il pisse le sang. N’avait qu’à pas faire du wind quelque chose, qu’il se démerde maintenant». Deux vrais rayons de soleil.

Imaginez l’addition à l’hôpital. Ah ben là, c’est sûr que tu peux être content d’avoir la sécu en France. Parce qu’à Miami, la sécu, c’est dans ton cul. Quelques jours plus tard, Will a donc plié bagages, retour à la case départ : Paris, pote, appart, célibat et boulot.

Mais avant de partir, il a pris sa revanche. Et bien comme il faut.

Il a invité la best friend forever de la diva à dîner, qui n’était autre que sa coloc. Et se l’est tapée dans toutes les pièces de leur appart, histoire qu’elle se souvienne bien de lui pendant des années. Plutôt classe comme cadeau de départ.


Thanks god, on a qu’une fois 20 ans.

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