Morbac is back

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Il y a quelques années, Margaux a vécu à Melbourne. Elle partageait une coloc avec deux Australiennes pure souche, façon je bois de la bière au petit déj’ et je gueule comme un chartier. Elle adhérait moyennement à leur vision du bon goût, mais l’appart était tellement cool qu’elle a très vite revu ses principes de bonne éducation.

Elle bossait alors comme serveuse dans un resto le soir et ses journées, elle les passait peinarde à la plage, à mater de l’Australien baraqué.
– Regarde maintenant ton collègue moche, ton enfant casse-couille, ton bureau sinistre, le mec qui pue à côté de toi dans le métro, et ce temps de merde. Oui, tu es bien en France. Et à 16 790,60 km de Melbourne. Bonne journée. –

A côté de son resto, il y avait un coiffeur beau gosse qui s’occupait de temps en temps de ses cheveux. Andrew, c’était le genre armoire à glace, avec un air du mec de Prison Break. Le mec brillait surtout pour son physique, parce que niveau conversation, on était plutôt au stade pandi panda.

En même temps, à l’autre bout du monde, la conversation, on s’en branle. Un gros débile avec des muscles, c’est ce qui peut t’arriver de plus génial.

Et quatre mois à lui toucher les tifs, ça lui a sérieusement excité le ciseau, au Andrew. Il se décide alors à lui parler. Pendant deux minutes, il monologue sur le soleil et le beau temps et puis, à bout de ciel bleu, il attaque.

« Ça te dirait une partie de jambes en l’air? »

Dans la vie normale, si un mec te sort ça, tu le cognes direct, mais bizarrement, au bout du monde, ça passe. C’est presque mignon.

Se faire masser le cuir chevelu pendant des mois, c’était sympa. Mais Margaux en veut plus. Alors, elle accepte. Arrivés à son appart, elle profite de l’absence de ses colocs pour baptiser une de leurs chambres. Elle n’a qu’un clic-clac miséreux et, par principe, une première baise australo-française, ça se fait dans un vrai pieu. Pour la beauté du sport.

Le lendemain matin, fraîche et courbaturée, Margaux se réveille du bon pied. La nuit a été à la hauteur de ses espérances, le coiffeur a eu le bon ton de partir avant qu’elle n’ouvre l’œil, la journée s’annonce radieuse.

Elle prend une douche, enfile un maillot et part à la plage. Mais, sur le sable, tranquillement installée avec un bouquin, elle sent qu’un truc la démange. Un peu comme si on lui avait collé une Spontex entre les cuisses. Ou qu’elle avait chopé la varicelle à un endroit chelou.

Elle part donc en introspection. Lunettes de soleil vissées sur le yeux, soulèvement discret de culotte, froncement de sourcil, rapprochement de tête et… hurlement.

Le verdict est sans appel: c’est la teuf des morpions. Mais genre, grosse soirée, les mecs sont venus en équipe.

Margaux crie. Margaux pleure. Margaux va casser la gueule à Andrew. Mais avant, Margaux doit passer d’urgence à la pharmacie. Le truc, c’est que « morpion » ce n’est pas le premier mot qu’on apprend en anglais. Et pourtant, dans la vie réelle, c’est quand même vachement plus utile que « draw – drew – drawn, fly- flew – flown ». – Encore un foirage de l’Education Nationale –

Elle s’arrête au premier cyber café qu’elle croise et trace jusqu’à la pharmacie. Devant son interlocuteur, Margaux fait un geste en direction de son problème, en murmurant « I’ve got crabs ». Le type lui lance un regard empli de mépris du style « bien fait pour ta gueule ma petite, t’avais qu’à pas te faire sauter par le premier venu » et lui donne un tube de crème à 50 dollars. Elle lui en demande un deuxième: il n’a pas l’air de bien comprendre qu’entre ses cuisses, là, c’est pas la surprise party de Sheila, c’est le sommet du G20.

Elle rentre et se badigeonne de crème dégueu, du cou jusqu’aux pieds, en priant le seigneur des morbacs de bien vouloir l’épargner.

Mais comme si ça ne suffisait pas, elle réalise qu’elle vient de prendre double peine. Parce qu’il va bien falloir avouer à sa coloc qu’elle a investi son pieu et laissé quelques souvenirs au passage.

Sans surprise, la coloc fait la gueule. Elle la dévisage en la butant des yeux, va chercher ses draps et les jette à la poubelle.

 » Pile au moment où je venais de m’en débarrasser, voilà que tu m’en remets, tu fais chier Margaux! »

Ben ouais, elles sont comme ça les Australiennes, elles partagent tout. La bière, les fringues moches et les morpions.

Quelques jours plus tard, quand Andrew s’est pointé au resto, Margaux a hésité à lui parler hygiène corporelle. Et puis finalement, elle a préféré lui renverser un risotto à l’encre de seiche sur la gueule.


Mais sans faire exprès, promis. Sur la vie de tes morpions.

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