Des boums et des bangs, le retour de boomerang

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Paris est un village. Un petit village fait de gens qui se croisent et s’entrecroisent. Paris est un village. Un tout petit village fait de « Sérieux, tu l’as pécho, lui ? Il était dans ma classe en CM2 ! », « Tu vois la nana là bas ? C’est l’ex nympho de Franck ! », « Incroyable ! Tu connais Margaux ? On est parties ensemble à Ibiza en 2002 ».

Sacha aurait dû le savoir. Elle aurait dû anticiper qu’un mec rencontré sur Tinder, c’était peut-être pas vraiment un inconnu. Elle aurait aussi dû savoir qu’avant d’ouvrir sa gueule, mieux vaut vérifier les alentours.

Juillet 2014. Calvi on the Rocks. Dernier jour de festival, Sacha squatte la plage, bien décidée à profiter des derniers instants de soleil. Et comme la meuf est à la pudeur ce que Mylène Farmer est au lyrisme, elle attaque direct nibards à l’air. Pas une minute à perdre.

Quelques transats derrière, elle entend trois types glousser. Trop occupée à peaufiner son bronzage de Cannoise et à amortir ses 300 balles de capsules Oenobiol, elle décide de les ignorer.

Le soir venu, Sacha va se mettre une dernière mine chez Tao, histoire de réattaquer le travail encore plus à la ramasse qu’en partant. Le grand classique des vacances réussies. Vers 5 heures du matin, après avoir tout donné sur la piste, elle décide de rentrer chez elle, quand une main lui agrippe le bras.

– « Salut. »
– « On se connaît ? »
– « Pas vraiment. Mais mes yeux sont restés scotchés à tes seins toute l’après-midi. »

Depuis « ton père est un voleur, il a pris toutes les étoiles du ciel pour les mettre dans tes yeux », on avait pas fait plus pourri. Bravo mec, tu gagnes la palme du gros lourd lubrique. Et Dieu sait qu’à 5 du mat, t’as de la concurrence.

Sacha lui lance un regard de mépris circonstancié et se casse. Le mec lui court après, réalisant que sa technique de drague à la Bigard est à chier. Malgré ses supplications, elle reste de marbre. Hors de question de lui lâcher son numéro de téléphone à ce petit con.

Quelques jours plus tard, à Paris, Sacha reçoit une demande d’ami sur Facebook : revoilà le gros lourd.

« Je dois t’avouer deux trucs : 1/ j’ai galéré à te retrouver (on n’a que 6 potes en commun) 2/ je partage mon corps avec Philippe Bouvard. Et, à 5 heures du mat’, c’est souvent lui qui rapplique. Si tu me laisses t’inviter à dîner à une heure raisonnable, je t’assure que mon moi saura prendre le contrôle de mes paroles. »

Sacha se marre. Elle l’accepte en ami mais décline le dîner, histoire de le faire galérer un peu. Parce que des excuses, c’est bien, mais un dîner, ça se mérite mon grand. Et si tu la veux vraiment, tu vas devoir ramer.

Pendant quelques semaines, ils discutent donc par message sans jamais se voir. Et le gros lourd se transforme peu à peu en type drôle, un brin trop sûr de lui, mais assez fin pour que cela ne se remarque pas trop.

Un soir de beuverie de plus, Sacha craque et lui envoie un message.

« C’est maintenant ou jamais.»

À un moment, elle se tâte même pour l’écrire en anglais. Mais « It´s now or never », ça sonne vachement plus Elvis en train de jouer de la gratte que « prends moi tout de suite comme une chienne ». Alors, elle reste sur le phrasé de Molière.

Sans surprise, le mec détale comme un lapin, chaud comme une armée de playmates à une teuf de Hugh Hefner. A peine arrivé, Sacha leur commande deux shots et lui propose de rentrer chez elle. Dans le taxi, la tension monte. Le type lui attrape les cheveux de toutes ses forces en lui promettant une nuit torride.

Paroles, paroles, paroles. Il t’a vendu une partie de sexe à la Neuf semaines et demi, tu auras pris ton tarif neuf secondes trois quart. Tristesse. Désillusion. Frustration. Va gerber ta vodka maintenant.

« Si je te dis qu’en plus de m’être fait chevaucher par Speedy Gonzalez, le mec a une petite bite trapue, tu me crois ?»

Passée la gêne du matin, Sacha lui fait rapidement comprendre qu’il doit se barrer de chez elle. Un bruit de marteau-piqueur dans le crâne ajouté à un coup raté dans son pieu, ça fait trop pour un seul matin. Pendant quelques jours, elle reçoit des messages, auxquels, évidemment, elle ne répond jamais. Et, heureusement, le type se lasse vite.

Février 2015. Sacha n’a plus de nouvelles de petite teub trapue depuis des mois. Et elle s’en porte à merveille. Mais elle commence légèrement à désespérer que son lit soit aussi vide que le cerveau d’une candidate de l’île de la tentation, alors elle prend la seule vraie décision pour y remédier : Tinder.

Un quart d’heure plus tard, elle matche avec un joli garçon, au sourire ridiculement blanc mais à l’œil rieur. Le lendemain, alors que je dîne avec elle, le mec lui propose de boire un verre. Naturellement, Sacha lui dit de nous rejoindre. Et, franchement, belle prise. Le mec est sympa, mignon et a l’air d’avoir plus de dix neurones. Tiercé gagnant.

Mais mettez-nous ensemble avec un peu d’alcool et l’envie de se marrer et, très vite, on part en vrille. Ça balance du dossier et des histoires de cul comme une bande d’ouvriers en bâtiment tout juste sortis de mitard.

Et là, Sacha nous refait l’histoire du mec de Calvi. On se marre comme deux bouffonnes, en le charriant lui et son anatomie de mini-bûcheron. On va même jusqu’à faire un croquis précis de sa bite sur la nappe en papier. Et on ricane encore plus.
Le plan Tinder ne dit rien. Il ne rit pas, ne desserre pas la mâchoire, ne nous regarde même pas. Le mec doit penser qu’on est les deux plus grosses débiles mentales de Paris.

– « Désolé, on est un peu attardées quand on est ensemble ! »
– « … »
– « C’est pas méchant ce que je raconte, c’est juste que… ».
– « Te fatigue pas. Faut juste que tu saches que les trois connards en train de glousser à Calvi, j’en faisais partie et que la petite bite trapue, c’est mon meilleur pote, Louis ».

Ce fou-rire. Cette montée de larmes. Vous n’imaginez même pas. J’étais là, en train de m’étouffer sur ma chaise, à pleurer toute l’eau de mon corps, prise entre la gueule crispée du mec et la mine mi-embarrassée mi-je vais exploser de rire de Sacha.

Y avait combien de chances pour qu’un plan Tinder soit le meilleur pote d’un plan cul catastrophique ? Combien de chances pour que Sacha se lâche et défonce le mec jusqu’à dessiner sa bite devant lui ? Y en avait une. Sacha l’a saisie. Merci meuf. T’es pas ma pote pour rien, toi.

Classe, le mec s’est levé, a jeté des billets pour payer nos verres et s’est barré sans se retourner.


On a fini le dîner en essayant d’imaginer à quoi ressemblait la sienne. Croquis à l’appui.

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