Comme une boule de flipper

tumblr_nmx0adFuRp1tjr5m8o2_r1_500

J’aurais pu plancher sur un argumentaire détaillé, vous livrer les raisons pour lesquelles je n’ai pas écrit pendant quatre mois et reprendre point par point chacun de mes raisonnements.

Je pourrais aussi vous dire que j’ai tout plaqué pour vivre dans une roulotte avec un Bosniaque à trois bras et que, depuis, j’ai accouché d’un panda.

Parce qu’au final, on s’en fout du pourquoi. Les meufs, me revoilà. Et on va bien se marrer.


Je ne suis jamais déçue par mes copines. Comme par la tarte infiniment vanille de Pierre Hermé ou un cocktail vodka concombre. Y a des trucs comme ça, tu peux t’en gaver tous les jours, ça reste un délice.

 Samedi dernier. 14h00. Manue.

« Je suis déchaînée, je saute partout en pensant à ta tête quand je vais te raconter ce qui m’est arrivé hier soir. »

Samedi dernier. 14h01. Moi.

– « Qu’est-ce que t’as encore fait?»
– « Hahaha, je t’aime! ».
– « Allez, balance! »
– « Tu te souviens de Dragomir ? »
– « Le Roumain ? »
– « T’en connais un autre ? »
– « J’ai pas cette chance…tu te l’es tapé ? ».
– « Ouais, mais prépare-toi, la chute est folle… »

Dragomir. Arrêtons-nous déjà sur le prénom. Choix remarquablement judicieux des parents pour une bonne intégration scolaire. Et pour tous futurs entretiens, rencards, démarches administratives ou passages à la douane, qui vont lui faire regretter de ne pas s’être jeté de sa couveuse à la naissance. Rajoute au prénom de merde que le type est Roumain et là, clairement, tu préfères être retenu deux ans par AQMI au Yémen.

Le plus triste, c’est qu’à la vue de ces premières données, purement informatives, il te vient un réflexe, humain certes, mais à forte tendance frontiste.

Ferme les yeux. Dragomir. Roumain. Dragomir. Roumain. Drago…Ça y est, tu vois le métro et le gosse qui dépouille un Japonais. Tu entends le père qui rappe sur Dr Dre et la mère qui te fout un nourrisson à moitié bleu dans la gueule en disant « donnez argent s’iloupléééé ». C’est moche, je sais. Mais quand Manue a prononcé Roumain + Dragomir, ma volonté à dépasser les préjugés a foutu le camp et j’ai vérifié que j’avais bien mon portefeuille dans mon sac. Et mon portable dans la poche.

Le mec part donc avec un sérieux handicap. Sauf que Manue, c’est le genre à « laisser sa chance au produit ». Le type peut avoir deux dents et les premiers symptômes du choléra, elle teste quand même. Alors oui, l’altruisme, la compassion et toutes ces foutaises au grand cœur, c’est remarquable. C’est remarquable, mais ça sert à rien.

L’histoire commence il y a quelques mois, quand Dragomir vient réparer une fuite d’eau chez elle. Il arrive en salopette, mallette à outils sous le bras, accent de tueur à gages. Ca pue la production Marc Dorcel, façon « viens que jt’attrape sur la machine que je te montre mon gros engin », mais en vrai ça se finit par une facture de 300 balles et un échange de carte, au cas où.

Mais comme le mec est canon, Manue commence à l’envisager. Et puisque l’amour n’a pas de frontière – surtout depuis qu’ils sont entrés en Europe – elle décide de lui envoyer un message.

Quelques sms fran-main plus tard, le mec se lance et l’invite à dîner. Au Plessis-Robinson. Dans le resto de spécialités roumaines de son frère. Sur la vie de ma gastro.

Évidemment, Manue décline l’invitation. Pour plusieurs raisons évidentes, que je ne devrais même pas avoir à préciser. Géographiquement parlant, déjà, c’est pas possible. Quand tu dois regarder sur Google map où tu dois aller, c’est que, justement, il ne faut pas y aller.
La deuxième, c’est qu’utiliser le terme « restaurant » au Plessis-Robinson, c’est du foutage de gueule : au mieux, t’atterris dans un Kebab, au pire tu finis chez un « traiteur » asiatique qui t’envoie direct aux urgences pour un lavage d’estomac. Et supposons enfin que ce fameux rade existe, on mange quoi en Roumanie exactement? Un bras d’enfant mixé à la burne de chèvre? Une jambe de Malien récupérée à Lampedusa? Un moignon sauce samouraï?

Allez, remballe tes idées mon grand, je vais bouffer une plâtrée de coquillettes devant Koh Lanta, j’aurais déjà l’impression d’y être.

Mais voilà que vendredi dernier, Dragomir lui propose d’aller boire un verre, à côté de chez elle. Sept vodkas plus tard, sans surprises, ils finissent au pieu.

– « Et c’était comment ? »
– « Ben tu sais, après un certain litres d’alcool, c’est toujours bien. »

A mort la sobriété. Ou pas d’ailleurs.

Et à sa grande surprise, quand Manue ouvre un œil, elle n’a pas envie de mourir. Parce que, soyons honnêtes, la plupart du temps, quand tu te réveilles à côté d’un inconnu, t’as envie d’avaler une plaquette de Stilnox. Alors imagine si tu te réveilles à côté d’un inconnu roumain. Pendant deux minutes, tu peux facilement croire qu’on t’a expédié à Juarez et que tu vas passer le reste de tes jours à fabriquer des bougies dans une cave entre deux viols de militaires Farcs. Mais là, non. Au contraire, elle a bien envie de voir ce que ça donne un Dragomir à jeun.

« Mais le mec m’a rembarrée. Il m’a dit qu’il ne pouvait pas baiser après une certaine heure le samedi, rapport à la messe du lendemain. »

Elle est géniale celle-là. Quand un mec place Dieu entre sa bite et toi, y a plus qu’à devenir athée. Sur le vie de mon agnosticisme.

Mais ce n’est pas tout. Alors que Manue pensait avoir tout entendu, le mec lui fait une confidence dont elle se serait volontiers passée. Moi aussi d’ailleurs.

– « T’as senti un truc cette nuit ? »
– « …C’est-à-dire ? »
– « Quand on a fait l’amour, t’as senti le truc ?»

– « Dragomir c’est quoi le TRUC ??! »

Le truc, c’est une boule en latex qu’il s’est fait mettre sous la peau de la bite. Sur la vie de ma douleur. Sérieux, le mec s’est tapé une anesthésie générale et trois jours de convalescence à souffrir le martyre, pour qu’on lui foute une putain de boule. Qu’on ne sent même pas. A croire qu’un prénom de merde ne suffit pas, le type a les idées qui vont avec.

Et comme si cela ne suffisait pas, devant le visage décomposé de Manue qui se demande à ce moment-là si Juarez n’était peut-être pas une si mauvaise solution, le mec se lève, baisse son caleçon et lui montre, fier comme un coq, à quoi ressemble sa protubérance.

Du vomi. Voilà à quoi ça ressemble. On ne montre pas ces choses-là, bordel, personne n’a envie de voir une boule grosse comme un calot s’agiter devant sa gueule, encore moins à 10 heures du matin. Personne, pas même Clara Morgane. Alors t’es gentil mon grand, ton engin tu le laisses là où il est, tu le caches même.

Manue lui a donc poliment suggéré de se rhabiller et de déguerpir de son appartement au plus vite, au risque de lui renvoyer l’intégralité de la vodka de la veille dans la gueule.

J’ai failli faire de même quand j’ai été voir sur internet à quoi ça ressemblait. Malgré les explications détaillées de Manue, il fallait que je me représente la chose. Un « implant subdermique » (ou implant 3D), voilà comment s’appelle cette connerie. Y a même des mecs qui se font mettre des capuchons de dentifrice. Sur la vie de mes dents.


Si un jour, y en a une qui se fait implanter une Louboutin dans le nibard, qu’elle n’oublie pas de ne plus jamais m’appeler, hein.

Publicités