Merci pour ce mi-temps

Merci pour ce mi temps

« La vengeance est un plat qui se mange froid. » Voilà encore une expression bien pourrie, que tout le monde a déjà prononcée au moins une fois dans sa vie. J’ai donc cherché à en connaître l’origine, mais rien, nada, que dalle. Quand tu tapes « la vengeance est un plat qui se mange froid, source », y a 120 000 résultats, 42 pages et tu ne sais toujours pas quel est le con qui a sorti ça un jour. 

 

J’en ai conclu qu’on se foutait bien de notre gueule chez Wikipédia et que les mecs de Google devaient passer leur temps à tricoter des pulls dans leurs open space de connards puceaux. Ah si, j’ai quand même appris un truc: il existe une variante allemande datant du XIXème siècle. Merci les gars, je vais beaucoup mieux dormir cette nuit.


Ce que je peux tout de même affirmer, c’est que l’expression n’aurait jamais existé à la table de mes copines. Nous, on s’embrouille et on mange en même temps. Déjà, parce qu’on est des meufs et qu’on sait donc faire deux choses à la fois, et que, quand il s’agit de bouffer, les principes de bienséance comme mâcher la bouche fermée, disparaissent aussi vite que le petit Grégory. 

 

Mais de nous toutes, il y en a une qui a donné ses lettres de noblesse au concept. Et ce jour-là, Sacha est devenue mon maître.

 

L’histoire commence il y a quelques mois, quand elle rencontre un mec à un dîner. C’est la seule célibataire et, face à elle, quatre types ont l’air de vouloir la connaître un peu mieux. Voire vachement plus. Ils lui courent après toute la soirée mais à minuit, Sacha rentre sagement chez elle. Le lendemain, au réveil, elle reçoit un message.


« Je n’ai pas arrêté de penser à toi. J’ai harcelé Steph pour avoir ton numéro. Tu es désormais dans l’obligation de dîner avec moi »


Mignon. Sans fautes d’orthographe – le principal fléau de notre siècle juste après les Ch’tis – et tout à fait partante pour sortir de ce marasme sentimental dans lequel elle s’est empêtrée, Sacha accepte. 

 

Pour être franche, sur le moment, j’étais aussi optimiste qu’un condamné à mort à l’heure de son dernier repas, mais Sacha était tellement rayonnante, tellement heureuse que, pour une fois, je l’ai fermée. 

 

Elle me faisait le même effet que les mecs qui postent leurs photos de mariage sur Facebook – ça marche aussi avec leurs vacances et pire, leurs gamins – et toi, derrière ton écran qui ne peut t’empêcher de les insulter. Tu le vois, ce bonheur insolemment étalé qui te donne envie de plomber une maternelle? Et ben, Sacha me renvoyait ça à la gueule tous les jours, sans que je puisse lui dire d’arrêter. Parce que non, on ne peut décemment pas demander à ses amies d’avoir envie de se défenestrer, ça ne se fait pas. 

 

Bref, pendant des mois, Sacha était comblée. Elle avait enfin l’impression d’avoir trouvé le bon, celui avec qui elle finirait ses jours et toutes ces conneries pour fillettes pré-pubères, fans de Taylor Swift. Ils avaient programmé des vacances, visité des apparts et envisageaient même d’acheter un chat. Du love comme s’il en pleuvait. Du je te tiens la main dans la rue. Du vomi en barre.

 

Et puis, un jour pas fait comme un autre, mec parfait est devenu enculé premier, celui qui te tord le cœur et te le donne à bouffer ensuite. La veille de leur départ en vacances, le type a disparu. Sacha l’a appelé une fois, deux fois, quinze fois, il n’a jamais répondu. Passée la colère, elle a vraiment commencé à flipper. Et s’il avait eu un accident? Si on l’avait tabassé? Il a peut-être été enlevé par la mafia coréenne?

 

Évidemment, rien de tout ça. Enculé premier était terré chez un pote, occupé à la préparation de son plan « courage, fuyons » ou comment disparaître de la vie de sa meuf sans aucune explication. Tout ça pour mieux se barrer en vacances et baiser tout ce qui a deux nibards, bien sûr.

 

Une semaine de larmes et d’envie d’avaler un bidon de Javel plus tard, Sacha n’a plus qu’un mot aux lèvres: vengeance. Parce qu’être prise pour une conne, c’est marrant 10 minutes, au bout de 31 ans, ça rend méchamment machiavélique. 

 

Elle aurait aussi pu rester assise bien tranquillement en attendant que le karma lui défonce la gueule. Mais comme la patience n’a jamais été son fort, elle s’est chargée de donner un coup de pouce au destin. Au début, elle a bien envisagé une vengeance classique du genre « je vais raconter à tout le monde que c’est le pire coup de la terre ». Mais elle a vite opté pour une bonne grosse revanche de connasse, qui a pour intérêt de nettement plus soulager et de me donner matière à écrire. 

 

Des mois à vivre ensemble lui avaient permis de connaître ses adresses mails et tous ses mots de passe. Alors, par une belle matinée d’été, Sacha est passée à l’action. Sur le Facebook du mec déjà, où elle s’est plainte de « travailler dans une boîte de merde, avec un enculé de patron et des collègues débiles », Twitter où elle a expliqué en 140 caractères pourquoi il fallait rallier Marine Le Pen en 2017, Instagram, où elle a posté des photos de lui dans son plus simple appareil. Sans filtre évidemment. Et elle ne s’est pas arrêtée là. 


Elle l’a ensuite dénoncé à Hadopi pour téléchargement illégal et au Trésor Public pour ses 22 pv non réglés. Mais, là où Sacha s’est dépassée, c’est quand elle l’a inscrit sur Grinder, le Tinder gay, en prenant soin de lui créer une adresse mail et un mot de passe tout neufs, histoire qu’il ne puisse jamais se désabonner. Et de l’envoyer à l’ensemble de ces contacts mails, parents compris.


« Chaud comme la braise. Envie de toi tout de suite. Appelle moi au 06 64 52 89… » avec une photo de lui en calbute. Magique.


Le mec n’a rien compris. 30 messages par nuit, 20 appels par jour, des inconnus qui te parlent fisting et gang bang. Tes potes qui commentent ton anatomie. Tes parents qui remettent en cause toute leur éducation. Et ta mère qui se bute au Xanax. Bienvenue dans la cour des grands, mon petit, tu as voulu jouer, Sacha t’as mis KO direct. Quelques jours plus tard, le type était tellement au bout de sa vie qu’il a fini par changer de numéro de téléphone.

Il a certainement dû comprendre que Sacha était derrière tout ça, mais lui qui n’avait déjà pas eu le courage de la quitter proprement, ne l’a toujours pas eu pour l’insulter d’avoir pourri sa vie. Quand on n’a pas de couilles, faut croire que c’est pour la vie.


Depuis, Sacha va beaucoup mieux. J’éviterai d’ailleurs de dire quoi que ce soit de plus sur elle. Histoire qu’elle ne me foute pas une Fatwa sur le dos, hein.

 

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